Le 19 juin dernier, Pierre Lacoin, un avocat, est réveillé à 3 h 10 par les pompiers. Ils évacuent le bâtiment en raison d’un incendie qui ravage les chambres du sixième étage et des appartements du cinquième, puis ils arrosent le feu, affectant lourdement les structures de la bâtisse, estime-t-il.
Selon lui, le sinistre a pris naissance dans une chambre où habite Jean-Louis Jacob qui est retrouvé mort, calciné. D'après plusieurs riverains, l'homme aurait mis le feu à son logement, considérant à tort
« qu’il était squatté ». Les mêmes témoins indiquent qu'il souffrait du syndrome de Diogène, une maladie psychique caractérisée par un comportement d’accumulation compulsive. Il vivait, selon la plainte de Pierre Lacoin, dans « un logement insalubre et plein de débris ». L'avocat a donc porté plainte contre la direction du logement de la Mairie de Paris pour mise en danger de la vie d'autrui.
En crise manifeste
Selon son témoignage et celui d’autres habitants du quartier, la santé mentale de M. Jacob, s'était fortement dégradée quelques mois avant le sinistre. Les pompiers étaient déjà intervenus en décembre 2021, sur signalement d’un occupant de l'immeuble car « Monsieur Jacob faisait une crise de panique et délirait ». En mai 2022, Pierre Lacoin avait fait
« une déclaration à la direction du logement de la Mairie, que j’avais alertée du risque d’incendie. Il m’a été accusé réception de ma déclaration le 18 mai, assure-t-il. Depuis, je n’ai pas eu de nouvelles des mesures entreprises ou qui allaient être prises. » Il demandait à la direction du logement « une visite des lieux, la réalisation d’une expertise psychologique, un suivi par une assistante sociale si nécessaire et le nettoyage du logement aux frais du propriétaire ou de la municipalité ».
Quelques mois avant l'incendie, Jean-Louis Jacob venait régulièrement discuter avec les clients de deux bistrots proches de son domicile, Les Deux Chauves et GCD, expliquant qu'il était pensionné de la Sécurité sociale pour « troubles mentaux ». Peu avant le sinistre, il s'était mis à marcher seul dans la rue, de plus en plus voûté, débraillé et négligé, les yeux abrités derrière de grosses lunettes.
« Juste avant l'incendie, il venait de sortir d'une hospitalisation psychiatrique et ne prenait plus ses médicaments », explique un commerçant de la rue Durantin qui le connaissait bien.
Un serveur qui l'avait rencontré il y a une dizaine d'années dans un café à l'angle des rues Houdon et des Abbesses rapporte qu’il venait au bistrot
« avec un réveil et marmonnait “tic, tac, tic tac” ».
Selon Me Lacoin, sa sœur avait vendu la chambre où il a été retrouvé mort mais le nouveau propriétaire le laissait occuper les lieux à titre gracieux.